10.7.17

E.

Je marche vers toi, mes pas deviennent de plus en plus rapides, j'entends ta voix douce et mélodieuse m'appeler : « Approche toi Elia, je suis là pour t'accueillir, les bras grands  ouverts". Non je ne veux pas , je crie, je me sens dévorer de l'intérieur tu me consumes totalement, j'ai peur. Je ne bouge plus je ressens ta colère. Tes vagues me chatouillent les orteils , ce soir je viens te revoir encore et encore. Je veux voir ce feu d'artifice avec toi. Je veux que tu apprécies autant que moi je vais l'apprécier. Tes pouvoirs ont marché sur ma mère il y a quelques années. Tu l'as prises avec toi, dans ton monde. Je te défie chaque jours en venant sur cette plage, je t'admire pour ton étendue à perte de vue mais pas pour ma mère. Tu le sais très bien que je n'ai pas la force de te détester. Tu représentes tellement pour moi, tu ne peux pas comprendre ce que je ressens. Où as-tu emmené ma mère hein ? Fais moi un signe, réponds moi. Tu es peut être comme Dieu il ne me répond jamais. J'ai perdu tout espoir quand j'ai su que tu étais plus fort que lui. Je devrais t'aimer et réciter des prières rien que pour toi. 
Suis-je folle ? Tu dois le penser.. On m'a enfermé quelques temps dans un centre ou une institution, je ne comprends pas la nuance entre ces deux mots. Je n'ai pas aimé cet endroit. Ces gens en blouse blanche m'ont donné des médicaments, attachée. Je suis saine d'esprit, je sens un lien avec toi. Tu es maître de la Terre, tu recouvres une bonne partie de cette planète bleue, tu es l'eau, l'océan, un étendue. Le directeur ou la directrice du centre n'a pas trouvé normal que je souhaite devenir un poisson. Enfin, tu comprends ce que cela signifie pour moi. Je veux pouvoir nager, admirer tous les éléments qui font de toi cette force et cette beauté. Je ne veux pas dépendre d'une bouteille d'oxygène pour te parcourir ni d'un tuba. Donne moi ce pouvoir de nager parmi toi, ce qui fait ta beauté. Je n'ai pas peur de perdre mon corps, prend possession de mon âme pour la faire tienne. Prends moi, je t'en prie. Je te dis que je n'ai pas peur de changer mais en réalité j'en suis pétrifiée, j'ai peut être besoin d'aide finalement. Les médecins ne peuvent pas me comprendre.
Je recule de quelques pas, mes pieds s'enfoncent dans le sable, tu te retires pour revenir me hanter. Je prends la fuite à grands pas. Je reviens au point de départ pour récupérer mes chaussures. Elles sont à ton image, c'est à dire bleu avec le signe marin. Sais-tu l'océan d'où est venu ce signe ? Je me pose la question. Je veux marcher sur ton sentier, je sens ton odeur. Je continue à marcher, je te regarde du coin de l'œil, je n'ai pas peur de toi. Tu ne peux pas venir jusqu'ici, je suis en sécurité. La pente est étroite je fais attention à où je mets les pieds. Je prends mon temps comme pour te narguer, je monte doucement. Je suis arrivée en haut de la falaise. Je m'assoie à ses pieds, je te contemple avec fascination. Au loin, je vois les côtes anglaises. Porte moi jusqu'à là-bas, mais je t'en prie ne recouvre pas cette île pour te venger. Je ne te quitte pas, je suis là, pour toujours. Je veux vivre comme une amazone, oublier cette société et ses codes . Je me sens différente des autres.
Tout à l'heure, ton sable va être rempli de visages inconnus. Tu ne les connais pas et ils osent venir. J'ai honte pour eux. Ils vont laisser leur ordure, leur empreinte de pas. Je sens mes larmes monter rien que d'y penser. Il n'y a que moi qui peut y marcher, laisser mon empreinte. Je le sais au plus profond de moi. Tu es ma mère, mon attache dans ce monde. As-tu pris ma mère par jalousie ? C'est grâce à elle que je connais le moindre centimètre de ta plage. Je sais quelle espèce vit sous tes eaux, les rochers, absolument tout. Et toi en réponse, tu attires ma mère dans tes profondeurs ? Tu n'avais pas le droit. Je n'ai plus peur. J'ai froid, ton vent devient violent, tu chasses ces personnes de notre territoire. Tu veux que ce feu d'artifice soit annulé. Tu veux mettre ces visages en dangers. Qu'est ce que tu peux être dérangé dans ta tête, l'océan. En réalité, je veux que tu les chasses. Je suis à toi, ce soir et demain. Tu peux les faire partir pour moi ? Je veux mon rendez vous quotidien avec toi. Avec regret tu as annulé notre rendez vous pour ces personnes.
J'ai sorti mon baladeur de ma poche, mit mes écouteurs. J'ai écouté plusieurs fois pendant ce feu d'artifice Yinyues Far Away. Ces ingénieurs t'ont couvert de couleurs plus belles que les autres. J'ai vu du rouge, du bleu, du orange.. As-tu toutes ces couleurs sous tes eaux ? Je ne sais pas mais je me sens bête de te poser cette question. Il faut que je te le demande dans mes prières futures. Personne a eu l'audace de venir jusqu'à cette falaise, personne. Ils ont tous sali ton sable. J'espère que tu vas le nettoyer quand tu vas revenir. Détruis moi ces traces, s'il te plaît, j'ai mal au cœur de les voir. Le bouquet final arrive, je suis émerveillée, Far Away s'arrête à ce moment précis, j'aime tellement cette musique elle est comme une berceuse.J'attends le petit matin que tout le monde soit partie. Je descends prudemment du sentier. Tu es venu, l'océan nettoyer les traces. Je m'approche de tes vagues. Je veux que tu me prennes aujourd'hui. J'accélère, je me sens pousser, je sens une présence derrière de moi. Tu me chatouilles à nouveau les orteils. Je prends le temps de me déshabiller entièrement, tu vas me recevoir en tenue d'Eve. J'avance doucement, je te sens recouvrir mon corps. L'eau m'arrive aux hanches, ma poitrine, mon cou... Je ferme les yeux, je m'enfonce profondément en toi encore. Je suis sous l'eau avec toi. Je manque d"oxygène, l'eau remplis mes poumons, aide moi. 
Elia s'est noyée. Elia n'a pas toujours eu peur de l'océan.

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